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26 mars 2014

Le Labyrinthe vers la liberté


Un roman passionnant sur l’esclavage qui mêle fantastique et Histoire, et nous fait remonter le temps, de 1960 à 1860.
Louisiane, 1960. Sophie, 13 ans, se voit obligée par sa mère, divorcée, à passer l’été à Oak Cottage. Dans ce monde reclus, la ségrégation apparaît parfaitement légitime à sa propre famille : sa grand-mère se montre même nostalgique du temps où les Fairchild détenaient une plantation et possédaient 200 esclaves. 
Sophie se sent mal aimée, sans arrêt ramenée à des normes de féminité et d’obéissance qui lui semblent archaïques. Au cours de ses jeux dans la propriété, dans les dédales d’un labyrinthe qui semble représenter la croisée de deux mondes, Sophie rencontre une créature fantastique, à laquelle elle finit par soumettre son vœu : vivre une aventure dans un autre temps, un autre lieu, comme
les héros du roman The Time Garden, qu’elle aime beaucoup. Elle se retrouve alors dans la plantation de canne à sucre, quelques mois avant la guerre de Sécession. Si l’adolescente est tentée de prendre cela comme un jeu, l’aventure devient plus que réelle, et, prise pour une esclave – esclave au service de ses propres ancêtres – elle découvre un quotidien fait de labeur, de soumission (d’un genre bien plus féroce que celui auquel elle a été habituée jusque-là) et de maltraitance des Noirs. Elle découvre aussi ses véritables origines...
Pourra-t-elle un jour rentrer chez elle, et de quelle manière percevra-t-elle désormais sa vie, avec un passé devenu si proche, si différent de celui qu’elle aurait pu imaginer ?

Extrait : 
Oakwood n’était pas trop différente de toutes les villes qu’elles avaient traversées – endormie, humide, presque déserte. Parmi les maisons recouvertes de planches décolorées par les intempéries, Sophie remarqua deux églises, un petit restaurant, La Cuisine de Cléo, un bâtiment de brique sur lequel était inscrit « Fonderie Trahan, 1898 », et une maison victorienne, rose et blanche, sur le fronton de laquelle on pouvait lire : Musée du Comté d’Ibérie. Elles traversèrent encore des champs de canne à sucre. – Tout cela faisait partie des terres des Fairchild, dit Maman. Maintenant tout appartient à une grosse compagnie, bien sûr. Il ne reste plus à Grand-Maman qu’à peine vingt acres, tout en broussailles et en mauvaises herbes. Sophie baissa sa vitre et respira le bon air chargé d’humidité ; elle regarda défiler la canne à sucre, vert pâle et gracieuse. Bientôt elle allait rencontrer Grand-Maman et Tante Enid, elle allait faire la révérence comme une parfaite petite jeune fille et elle se tairait jusqu’à ce qu’on lui adresse la parole. Une perspective qui n’avait rien de réjouissant.
(...) Maman tourna pour prendre l’étroit chemin de terre qui le traversait (...). Sophie haleta, la chaleur oppressante pesait lourdement sur sa poitrine. De grandes mèches de mousse espagnole pendaient de partout, comme des toiles d’araignées dans un château hanté.
– Voilà les anciens quartiers des esclaves, s’exclama soudain Maman. 

Delia Sherman est née en 1951 à Tokyo, au Japon, et a grandi à New York. Cette auteure est spécialiste de littérature fantastique. Elle a étudié la Renaissance et enseigné, avant de se mettre à écrire, puis a publié des nouvelles de fantasy, des romans historiques… Ses ouvrages appartiennent au genre « fantasy of manners », un mélange de fantasy et de comédie de moeurs. Elle enseigne toujours l’écriture de fantasy et de science-fiction dans divers endroits du monde : Cape Cod, le New Hampshire ou encore à Amsterdam.
Elle est ici, pour la première fois, publiée en France.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Michelle Nikly 
Illustration de couverture : Paul Cox


1 commentaire:

  1. Ce récit fantastique est en fait initiatique pour une fille de 14 ans mise en « contact » avec la communauté d’esclaves dans une plantation de canne à sucre en Louisiane juste avant que n’éclate la guerre de sécession qui mettra fin à l’esclavage. Le style est efficace et fluide, féminin et réaliste. Super dans le ton mais aussi dans le déroulé de cette saison en enfer qui coule de source et convainc à 100%

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